À propos du dernier Conseil européen, Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL nous donne illustration de ce qui va nécessiter effort de « décryptage pédagogique » sur une panoplie de sujets qui ne manqueront pas de concerner les collectivités locales.
Le député européen pose, avec la précision que nous lui connaissons, la question suivante : « Que va changer la décision prise par les 27 de retirer de la liste des objectifs de l’Union le principe de la concurrence libre et non faussée ?
Car de deux choses l’une : soit les dirigeants européens jugent qu’il ne s’agit que d’une opération de communication destinée à rassurer à peu de frais les Européennes et les Européens en nombre croissant qui voient dans cette obsession de la concurrence l’une des sources de l’érosion constante des acquis sociaux, de la progression galopante de la précarité et, à l’inverse, de l’explosion des dividendes; soit, il s’agit d’une affaire sérieuse et nous devons absolument en connaître les implications concrètes.
Les partisans de la première thèse disposent de solides arguments. D’abord, le principe-cadre de l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre, figure à de multiples reprises dans le traité actuel, qui sera reconduit en l’état ; ensuite, un protocole spécialement consacré à la réaffirmation de la politique de concurrence a été adopté par le même Conseil européen et sera intégré au texte final. Enfin, aucune disposition du traité fondée sur le principe en question n’a subi la moindre modification. Il n’y aurait donc rien, à cet égard, malgré l’effet d’annonce du Conseil européen, de nouveau sous le soleil.
Si tel était le cas, il s’agirait d’une tromperie indigne de chefs d’État et de gouvernement, et qui, aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, renforcerait encore l’exigence d’un débat public pluraliste sur le futur traité dans son ensemble, conclu par un référendum dans toute l’Union.
Qu’est-ce qui va changer en matière de libre concurrence ? Et les changements toucheront-ils ou non à la substance du projet de traité constitutionnel ?
En tout état de cause, j’appelle toutes les personnes sensibles à cet enjeu à prendre les dirigeants européens au mot: la concurrence libre n’est plus votre objectif ? Chiche !
Le premier test va être sous peu, le sort réservé au projet de directive sur l’ouverture totale à la concurrence des services postaux. Là où elle est à l’oeuvre, comme en Suède, cette libéralisation a eu des conséquences notoirement défavorables à l’emploi comme à la cohésion sociale et territoriale... - qui sont restés, eux, des objectifs de l’Union. Il faudra donc, logiquement, retirer ou rejeter cette directive. Rendez-vous en juillet, pour ce critère de vérité. »